La version française se trouve ci-dessous

On October 26, 2023 the CIC National Capital Branch (Ottawa) hosted Élisabeth Vallet, an Associate Professor at RMCC-Saint Jean, Director of the Center for Geopolitical Studies of the Raoul-Dandurand Chair in Strategic and Diplomatic Studies, and an Affiliate Professor at the Department of Geography at the University of Quebec at Montreal (UQAM). Below is a summary of the event.

The temptation of the wall 

In the wake of the pandemic, Finland announced the erection of a barrier on its border with Russia, China completed the partial fencing of its border with Myanmar, the Polish parliament approved the construction of a barbed wire fence along its border with Belarus, the governor of Texas inaugurated sections of 30-foot-high steel barriers against Mexico, followed by floating barriers on the Rio Grande River, financed by public and private funds. At the same time, Turkey reinforced its stone wall on the Iranian border and Greece completed a 25-mile steel wall between itself and Turkey, while the February 2023 European Council summit focused largely on reinforcing, barricading and financing the fortification of the European Union’s borders.  

This phenomenon of fortifying borders is far from new: the remains of the Great Wall of China and the limes of the Roman Empire bear witness to this. What is new in the contemporary period is the extent to which dyads are demarcated by border fortifications: 78 borders are now scarified by a wall, and more and more democracies are resorting to this practice, in Europe as in America.  

Although the end of the Cold War consecrated the fall of the most emblematic of all walls (the Berlin Wall), they have in fact never ceased to be built, and the trend has clearly been accelerated, through successive waves, in particular after September 11, 2001, then the 2015 crisis in Syria and the pandemic.  

In contemporary times, walls have even become more normalized, and more socially acceptable, despite the sums sunk into projects that often turn out to be pharaonic, only tackling the symptoms of far more global problems. Wall-building often serves as a way of staging the border, an electoral “spectacularization”, which crystallizes issues on the border line that are far more global in scope, and which would require the recourse to foreign policy tools rather than border control. 

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Naviguer dans le paradoxe : les réflexions d’Élisabeth Vallet sur la prolifération des murs frontaliers dans un monde sans frontières

Le 26 octobre 2023, la section de la capitale nationale du CIC (Ottawa) a accueilli Élisabeth Vallet, professeure agrégée au CMRC-Saint-Jean, directrice du Centre d’études géopolitiques de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques, et professeure affiliée au département de géographie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Vous trouverez ci-dessous un résumé de l’événement.

La tentation du mur

Dans la foulée de la pandémie, la Finlande a annoncé l’érection d’une barrière à sa frontière avec la Russie, la Chine a parachevé l’emmurement partiel de sa frontière avec le Myanmar, le parlement polonais a approuvé la construction d’une clôture de barbelés le long de sa frontière avec la Biélorussie, le gouverneur du Texas a inauguré des sections de barrières en acier de 30 pieds de haut contre le Mexique, puis des barrières flottantes sur le fleuve du Rio Grande, financées par des fonds publics et privés. Dans le même temps, la Turquie a renforcé son mur de pierre à la frontière iranienne, et la Grèce a achevé la construction d’un mur d’acier de 25 miles qui la sépare de la Turquie alors que le sommet du Conseil européen de février 2023 a très largement porté sur la question du renforcement, de la barriérisation et du financement de l’emmurement des frontières de l’Union européenne.  

Ce phénomène de fortification frontalière, d’encastellement n’est pas nouveau, loin s’en faut : les vestiges de la grande muraille de Chine ou du limes de l’empire romain sont là pour en témoigner. Ce qui est nouveau dans la période contemporaine est le nombre de dyades qui sont désormais démarquées par une fortification frontalière : 78 frontières sont désormais scarifiées par un mur, et de plus en plus de démocraties y ont recours – tant en Europe, qu’en Amérique. Bien que la fin de la guerre froide ait consacré la chute du plus emblématique de ces murs (le mur de Berlin), ils n’ont en fait jamais cessé d’être construits, et la tendance s’est clairement accélérée, par vagues successives  particulièrement depuis le 11 septembre 2001 puis la crise de 2015 en Syrie et la pandémie.  

On assiste même dans la période contemporaine, à une certaine normalisation de l’emmurement, à une progression de son acceptabilité sociale malgré les sommes englouties dans des projets qui s’avèrent bien souvent pharaoniques, et ne s’attaquent qu’aux symptômes des problèmes beaucoup plus globaux. La construction des murs correspond bien souvent à une mise en scène de la frontière, une « spectacularisation » électorale, cristallisant sur la ligne frontalière des questions dont l’ampleur beaucoup plus globale requerrait le recours à des outils de politique étrangère, bien plus que de gestion frontalière.