Le Canada Est-Il Seul Au Monde?

Apr 1, 2019 | Event Summary

Le Canada est-il seul au mond?

Le Canada est-il seul au mond?

Le Canada est-il seul au mond?

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La discussion du CIC Montréal n’aurait pas pu tomber à un meilleur moment. Quelques jours plus tôt, le journaliste du New York Times, Nick Kristof, avait publié un article intitulé “Dieu merci nous avons le Canada” dans lequel il faisait l’éloge du gouvernement Trudeau pour avoir défendu les droits de la personne face aux intimidations de l’Arabie Saoudite. Le Canada est peut-être ennuyant, écrivait Kristof, il se révèle être une autorité morale.

Nous lisons partout que nous vivons dans un monde en bouleversement, un monde dans lequel les principes démocratiques et l’état des droits est remis en question. C’est dans ce contexte que Robert Greenhill, président exécutif de Global Canada, ainsi que le président du CIC, Ben Rowswell, ont discuté ensemble de la place du Canada dans le monde. Il s’agit d’un sujet de discussion récurrent ces derniers temps dans les médias et les débats publics. Comme le démontre l’article de Kristof, à l’international, le Canada continue sa lune de miel. Trudeau attire l’attention du monde entier grâce à ses discours sur l’ouverture des frontières, les droits de la personne et le droit international.

Simultanément, le Canada connait des périodes tumultueuses avec certaines puissances politiques telles que: la Chine, l’Arabie Saoudite et même son allié traditionnel, les États-Unis. Le voyage en Inde du Premier Ministre au début de son mandat a soulevé quelques questions sur la capacité de celui-ci à prendre ces relations bilatérales sérieusement. Comme le soulignait M. Rowswell, la journaliste québécoise Lysiane Gagnon a critiqué le gouvernement pour sa “diplomatie du spectacle.” D’autres détracteurs pensent qu’Ottawa ne comprend pas que le monde a changé.

Pourtant, Ben Rowswell, avec ses 20 ans d’expérience en tant que diplomate, pense qu’il est important pour le Canada de défendre ses principes alors que des valeurs fondamentales comme l’état des droits et la démocratie sont en danger un peu partout dans le monde. M. Rowswell soutient qu’il est plutôt dans notre intérêt de défendre ces principes même si cela signifie que l’on doit se retrouver isolé de temps à autres. Si le Canada veut vraiment se démarquer un temps soit peu sur la scène internationale, alors il doit trouver des manières de le faire.

Robert Greenhill acquiesce. Le Canada a aujourd’hui une opportunité d’être un leader de premier plan sur plusieurs dossiers et de bâtir de nouvelles relations multilatérales et bilatérales avec des acteurs étatiques et non-étatiques. De plus, M. Greenhill affirme que ce sont plutôt les États-Unis qui se retrouve isolés sur la scène internationale aujourd’hui. Le Canada, cependant, figure toujours dans le top dix des pays les plus populaires dans le monde.

Il y a un réel désir de dialoguer et de collaborer avec la Canada. Mais pour faire quoi? Le gouvernement Trudeau veut-il bâtir de nouvelles relations? Le cas échéant , est-il véritablement prêt à s’investir? Comment peut-il y arriver?

M. Rowswell déclare que les diplomates canadiens doivent acquérir de nouvelles compétences et une vision plus stratégique s’ils veulent faire du Canada un joueur international. M. Greenhill a identifié plusieurs domaines dans lesquels le Canada peut faire la différence : l’ouverture à l’immigration; le libre-échange; les droits de femmes et l’égalité des genres; la défense de l’état des droits et la bonne gouvernance.

Comment bâtir sur ces piliers? Par un engagement constant et cohérent, pensent MM. Rowswell et Greenhill. Selon le plus récent rapport du Freedom House, la liberté est en déclin partout dans le monde. Ceci signifie que le Canada se trouvera parfois à porte-à-faux avec certains dirigeants. Ces derniers mois, le Canada a dû faire face aux attitudes belliqueuses et intimidantes des États-Unis (relations

économiques), de l’Arabie Saoudite (droits de la personne), et de la Chine (justice et droit international). Il est tiraillé de toutes parts mais ne devrait pas renoncer. Alors que les pays peu influents sur la scène internationale peuvent facilement être ignorés, il est dans l’intérêt du Canada de défendre les valeurs de justice, de droit international, de démocratie et des libertés fondamentales.

Afin d’être engagé de manière cohérente, le gouvernement doit établir une stratégie et investir dans les ressources diplomatiques et financières. Le Canada souhaite obtenir un siège au Conseil de Sécurité des Nations Unies, tout comme l’Irlande et la Norvège; nous demeurons en attente d’actions concrètes. Bien que certaines discussions se tiennent à huis-clos, le Canada est à la traine sur plusieurs dossiers. En ce qui concerne la mission de paix au Mali par exemple, nous espérions plus, et nous avons là un réel gouffre entre la rhétorique et l’action. Le Canada n’a pas su investir de manière substantielle dans cette mission et les quelques troupes sur place quittent après un an. Au regard des changements climatiques, Trudeau se présente comme un ardent défenseur de l’Accord de Paris, cependant, nous demeurons en attente d’actions concrètes à cet égard. Il n’y a tout simplement pas de consensus au Canada sur ce dossier urgent. En ce qui concerne l’Arabie Saoudite, nous sommes prêts à critiquer celle-ci pour son traitement des femmes cependant, le gouvernement canadien a tout de même vendu du matériel militaire à un gouvernement saoudien qui commet de graves violations des droits de la personne chez eux et au Yémen.

La crise politique et humanitaire qui se déroule en ce moment au Venezuela est un exemple du genre d’engagement concret que le Canada peut entreprendre, selon M. Rowswell. Au lieu de faire cavalier seul, le gouvernement travaille avec ses partenaires au sein du Groupe de Lima et démontre ainsi sa capacité à prendre un rôle de leader au sein d’une institution multilatérale. De plus, le Canada travaille avec des partenaires moins traditionnels dans le but de défendre des principes démocratiques fondamentaux. Dans un monde dans lequel les centres de pouvoir se multiplient, il est important pour le Canada de collaborer avec divers acteurs.

Le Canada est-il seul au monde? Pas nécessairement, soutiennent les deux intervenants. Si c’est le cas, c’est pour de bonnes raisons et le Canada devrait justement utiliser ce moment pour bâtir de nouvelles relations et mener la marche dans des domaines qu’il connait, dont l’immigration, l’égalité des genres et le libre-marché. Quand le Canada est isolé, c’est pour de bonnes raisons : parce qu’il prend une position forte sur certains principes fondamentaux. Ceci dit, nous devons être indéfectible et développer une stratégie qui permettra au Canada de jouer un rôle important sur la scène internationale.